Go to Gynéco ! : sensibilisation et santé des personnes FSF

Pour mieux comprendre Go to Gynéco, nous avons interviewé Siân qui nous a expliqué comment et pourquoi ce projet est né.


Pouvez-vous vous présenter brièvement (vous en tant que personne, expliquer brièvement votre parcours et ce que vous faites au sein de GTG), et pouvez-vous aussi présenter dans les grandes lignes Go To Gynéco ?


Je m’appelle Siân, je fais un doctorat sur le genre et les sexualités en littérature, à l’Université de Liège, et je suis impliquée depuis quatre ans en tant que bénévole dans des associations et des projets LGBTQI+. C’est par ce bénévolat que j’ai découvert le projet Go To Gyneco !


Il s’agit d’un projet de santé publique lancé par les asbl O’YES et Tels Quels, adressé spécifiquement aux femmes*[1] ayant des relations sexuelles avec d’autres femmes* (FSF). Il est né du constat que ce public est à la fois plus vulnérable aux IST et à différentes maladies gynécologiques (dont notamment le cancer du col et le cancer du sein), et moins informé sur les pratiques de safe sex et moins susceptible d’avoir un suivi gynécologique régulier que les femmes* hétérosexuelles. En gros, l’objectif de Go To Gyneco ! est avant tout d’informer ces femmes* en ce qui concerne la réduction des risques, de les encourager à se rendre chez le/la gynécologue, et pour cela de leurs fournir des recommandations de professionnel·les de la santé qui soient friendly.


C’est un projet participatif, qui est construit en grande partie par des bénévoles concernées par ces questions. Je suis bénévole chez Go To Gyneco ! depuis 3 ans maintenant, depuis les débuts du projet : avec l’équipe de bénévoles, de salariées et de stagiaires, j’ai participé aux premiers focus groups qui visaient à définir les grandes lignes du projet, à l’organisation de la première Vulve and Co Party en 2018, au lancement du site internet (gotogyneco.be). Je donne également des ateliers de sensibilisation et d’information lors de différents événements associatifs, je réponds aux demandes de contacts de gynécologues safe… Bref, je touche un peu à tout et je donne un coup de main dès que c’est utile.


Pouvez-vous expliquer les différentes formes/composantes du projet ?


Le projet Go To Gyneco ! se décline en plusieurs volets selon les publics auxquels on s’adresse. En effet, si on a commencé le projet en pensant aux lesbiennes, bies & co, on s’est très vite rendues compte qu’il était tout aussi important de se tourner vers les professionnel·les de la santé, afin de les sensibiliser aux spécificités de la prise en charge des FSF.


À l’attention des femmes*, il s’agit d’abord de les sensibiliser à leur santé sexuelle. La plupart des personnes pensent qu’aller chez un·e professionnel·le pratiquant la gynécologie n’est utile que pour se faire prescrire une contraception ou être suivie pendant sa grossesse, ce qui signifie que la vaste majorité des FSF ne s’y rendent que lorsqu’elles entrent dans un parcours de PMA. Pourtant, un suivi gynécologique sert aussi à s’assurer régulièrement de sa santé générale et à être dépistée pour les cancers du col de l’utérus et du sein. Cependant, les FSF craignent généralement d’être victimes de discrimination face à un·e médecin qui ne serait pas sensibilisé·e à leurs spécificités, qui leur tiendrait des propos lesbophobes ou LGBTphobes, qui leur administrerait des soins inadaptés en partant du principe qu’elles sont hétérosexuelles, … C’est pourquoi l’un des premiers objectifs du projet a été de constituer une base de données de contacts de professionnel·les de la santé réputé·es safe, recommandé·es par la communauté et à qui on fait signer une charte de bonnes pratiques, afin de pouvoir transmettre ces contacts aux personnes qui nous les demandent. Pour cela, il suffit de passer par un formulaire sur notre site internet, en précisant le type de professionnel·le recherché, éventuellement son genre, et la ville où on souhaite consulter Ensuite, l’équipe de bénévole se charge ensuite de transmettre trois contacts tirés de la base de données.


Le volet de sensibilisation des lesbiennes, bies & co ne s’arrête pas là : il est aussi très important pour nous de les informer et de les sensibiliser sur les IST. Trop souvent, on croit que la transmission d’IST entre femmes* est impossible ou très rare, alors que de nombreuses pratiques sexuelles n’impliquant pas la pénétration du vagin par un pénis peuvent favoriser la transmission d’infections. Il s’agit alors d’informer et de sensibiliser sur ces IST, leurs symptômes et modes de transmission, les dépistages qui existent, et surtout les gestes à avoir pour réduire les risques (utilisation d’un carré de latex, de gants, etc.). Pour accomplir cette mission de sensibilisation, nous avons organisé de nombreux ateliers lors de différents événements festifs ou associatifs (Vulve & Co Party, L-Festival, Pride, soirée de lancement du site, 10 ans d’O’YES, ...) ou en collaboration avec des associations LGBTQI+ (notamment avec les CHEFF et Activ’elles). Toutes les informations que nous donnons se retrouvent également sur des brochures qu’on distribue à chaque occasion, ainsi que sur notre site internet.


Du côté des professionnel·les de la santé, nous nous sommes vite rendues compte qu’il était important de les sensibiliser et de les former. On a reçu des témoignages de personnes qui avaient subi des discriminations, des violences verbales ou physiques, des refus de soin parce qu’elles avaient dit avoir des relations sexuelles avec d’autres femmes*, ou qui avaient reçu des soins inadaptés lorsque les médecins les croyaient hétérosexuelles. Il est donc apparu nécessaire de s’emparer aussi de cette problématique-là, et de faire en sorte que les professionnel·les puissent prendre en charge correctement et efficacement leurs patient·es FSF, et donc devenir des médecins safe pour notre public. Je ne suis personnellement pas impliquée dans ce pan du projet, mais les filles qui s’en chargent font un boulot extraordinaire, en s’attaquant à la fois à la formation initiale des médecins, et à leur formation continue. Go To Gyneco ! a donné cours à des étudiant·es en médecine à l’UCL l’an dernier, et donne régulièrement des formations à l’attention des centres de planning familial (nous avons notamment un partenariat avec la FLCPF). Ces formations servent avant tout à casser les mythes sur la sexualité lesbienne que peuvent entretenir ces professionnel·les, afin de connaître et reconnaître les spécificités de santé globale des lesbiennes, dont les réels risques de transmission d’IST qui existent chez cette population, et pouvoir donner à leurs patientes des informations justes et pertinentes, leur délivrer les soins dont elles ont besoin et les traiter de façon à ce qu’elles se sentent comprises et respectées.


Pourquoi ce projet ? D'où vient-il ? Comment est né ce projet ? Quelle est la genèse de ce projet ?


Ce projet est né du constat que les FSF allaient beaucoup moins chez le/la gynécologue que les femmes* n’ayant des relations sexuelles qu’avec des hommes, que l’âge moyen du premier rendez-vous gynécologique était beaucoup plus élevé chez les FSF que les autres femmes*, et que les FSF étaient nettement plus vulnérables que les autres aux cancers du col de l’utérus et du sein, ainsi qu’aux IST, alors que dans leur très grande majorité elles ne se protègent pas lors des rapports (95% des FSF ne se protègent jamais). Quand on découvre ces vulnérabilités, on se demande d’où elles viennent. Go To Gyneco ! a mené, aux prémices du projet, une enquête en ligne visant à mesurer l’ampleur de la situation en Belgique (des études avaient déjà été menées en France, en Suisse, aux USA et en Suède, notamment). Globalement, la problématique est la même partout : soit ces femmes* pensent que les IST et la santé gynécologique ne les concernent pas, parce qu’elles manquent d’information à ce sujet ou ont reçu des informations fausses, soit elles craignent d’être mal prises en charge par des médecins qui ne reconnaissent pas leurs besoins spécifiques (et souvent, cette crainte s’appuie sur des expériences antérieures de discriminations diverses de la part de médecins, que ce soit sous la forme de refus de soin, de soins inadaptés, ou de violences verbales et physiques). Face à ce constat, O’YES, une association de promotion de la santé sexuelle, et Tels Quels, une association LGBTQI+, se sont associées pour monter un projet qui serait entièrement tourné vers ce public vulnérable, délaissé à la fois par les campagnes de safe sex et par les gynécologues. Le but était de trouver le moyen de permettre à ces femmes* de prendre soin de leur santé sexuelle et gynécologique, en leur fournissant les informations dont elles manquent, et en leur donnant les outils pour trouver le/la médecin qui leur convient.


Quels genres d'histoires ont donné une impulsion à ce projet ?


Au commencement du projet Go To Gyneco !, les deux associations partenaires (O’YES et Tels Quels) ont lancé une enquête en ligne visant à mesurer les besoins du public FSF. A cette occasion, nous avons reçu énormément de témoignages de mauvaises expériences chez le/la gynécologue qui ont confirmé l’urgence de faire quelque chose à ce sujet. 

Une gynécologue m’a dit: ‘Oui bon, d’accord, vous avez une copine, mais si vous avez des rapports hétérosexuels après pensez à utiliser un préservatif’ avec un ton qui laissait sous-entendre qu’avoir une copine ne pouvait être qu’une passade… et elle ne m’a rien dit concernant des IST transmissibles entre femmes ou comment les éviter” - Témoignage tiré de l’enquête belge Go To Gyneco ! de O’YES et Tels Quels


“Après un viol, la gynécologue qui m'a reçue en urgence m'a dit "au moins vous saurez ce que c'est de vraiment faire l'amour" (je lui avais dit plus tôt que j'avais une copine et que je n'avais jamais couché avec un homme auparavant). C'était déjà une journée très éprouvante et elle a été absolument horrible…” - Témoignage tiré de l’enquête belge Go To Gyneco ! de O’YES et Tels Quels

Plus récemment, nous avons créé un compte Instagram afin de pouvoir toucher un plus large public et lancer de nouveaux projets. Notamment, nous avons recueilli des témoignages de personnes qui avaient subi des expériences de lesbophobie, biphobie ou transphobie chez leur gynécologue, ou qui s’étaient retrouvées face à des médecins qui n’avaient pas su les prendre en charge.

“J’ai demandé où acheter des digues dentaires et elle m’a dit qu’elle savait pas, et que de toute façon on avait pas de risques à faire des cunis et que ça servait à rien.” - Témoignage reçu sur le compte Instagram de Go To Gyneco !

“Elle m’a demandé quelle contraception j’utilisais, j’ai dit que je n’en utilisais pas car je suis lesbienne et en couple avec une fille. Elle m’a dit “et si tu te fais violer, tu fais quoi?”” - Témoignage reçu sur le compte Instagram de Go To Gyneco !

“J’ai dû insister pour me faire examiner car m’étant déclarée lesbienne dès le départ histoire d’éviter les questions sur une sexualité supposée hétéro, sous prétexte qu’elle ne pouvait pas réaliser l’examen car je n’avais jamais couché avec un homme et étais donc “vierge”. J’ai ensuite dû insister fortement pour avoir droit à un frottis et à une analyse de base, car je n’avais selon elle aucun risque de papillomavirus ou assimilés… Je ne suis bien évidemment jamais retourné chez elle. Scandaleux d’être aussi en décalage avec la réalité.” - Témoignage reçu sur le compte Instagram de Go To Gyneco !


Comment le projet va évoluer ? Quelles sont les prochaines étapes du projet ?


Go To Gyneco ! travaille déjà en étroite collaboration avec d’autres associations afin de pouvoir fournir aux médecins et professionnel·les de la santé au sens large une formation inclusive reprenant les vulnérabilités des publics HSH (Ex Aequo), Trans*[2] et Inter (Genres Pluriels), et également avec d’autres partenaires comme l’Observatoire du Sida et des Sexualités, le Planning Plan F, le FLCPF, etc. Nous faisons ce travail dans l’espoir qu’à l’avenir, les questions de santé globale et de santé sexuelle soient automatiquement abordées de manière inclusive (donc en prenant en compte les spécificités de santé des personnes LGBTQI+) dans l’ensemble des cursus de formation des professionnel·les de santé. Les prochaines étapes du projet consistent aussi à continuer les sensibilisations auprès des femmes* et des pros, à augmenter la base de données de pros friendly, à recruter de nouvelles bénévoles. Et tant d’autres étapes qui se développent également en fonction des envies des bénévoles et des besoins du public. Notre expertise concerne essentiellement les femmes cisgenres, mais nous sommes en train de mettre en place un groupe de travail visant à améliorer notre inclusivité pour les personnes trans. De la même manière, nous réfléchissons aux façons de rendre notre projet plus inclusif pour les femmes* racisées, les femmes* en situation de handicap, etc. : un des grands objectifs pour la suite du projet est de s’assurer que notre action puisse aider toutes les lesbiennes, bies & co.


Quels sont les objectifs ? Vers où aimeriez-vous aller ?


On aimerait bien atteindre la lune ! Concrètement, notre objectif principal est le bien-être des FSF avec un focus sur la santé sexuelle. Ceci passe par de la sensibilisation, des formations, de l’information, des campagnes, etc. 

L’idéal serait :

  • De pouvoir mener une réelle politique de santé publique et de prévention pour les FSF avec des fonds adéquats ;

  • De promouvoir la diversité sexuelle dans les projets et les activités consacrés à l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) dans le cadre scolaire pour que chaque personne se trouve inclus·e ;

  • D’organiser une enquête nationale spécifique sur la santé mentale, physique et sexuelle des FSF pour produire des données de meilleure qualité ;

  • De renforcer l’offre de formation à destination des professionnel·les et des futur·es professionnel·les de la santé et/ou de l’éducation par rapport aux FSF ;

  • De promouvoir les actions de prévention et d’information pour et par la communauté lesbienne, bie & co au niveau de la santé physique, sexuelle et mentale.

[1] toute personne, quelle que soit son identité de genre, qui vit ou a vécu l’expérience sociale d’être perçue comme femme.

[2] « marquer [leur] entière inclusivité concernant toutes les identités et expressions de genres ».










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