Christie Morreale, Vice-Présidente du Gouvernement wallon et Ministre de l'Egalité des chances, répond à nos questions à l'occasion du 17 mai 2020

May 17, 2020

En cette journée mondiale contre l'homophobie, la biphobie et la transphobie, nous avons invité Madame la Vice-Présidente du gouvernement wallon et Ministre de l'Emploi, de la Formation, de la Santé, de l'Action Sociale, de l'Egalité des Chances et des Droits des femmes, Christie Morreale à répondre à nos questions. 

 

 

Arc-en-Ciel Wallonie : Vous avez décidé, comme de très nombreuses communes wallonnes, de hisser le drapeau arc-en-ciel sur la façade du Ministère à l'occasion du 17 mai, journée mondiale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie. Pourquoi désiriez-vous vous joindre à cette action ?

 

Christie Morreale : Il est important que les pouvoirs publics, dans leur ensemble, promeuvent l’égalité et la lutte contre toutes les discriminations, en ce compris celles relatives à l’orientation sexuelle et aux identités de genre.

 

Dans ce combat, l’Etat doit être un exemple d’inclusion, la puissance publique doit être le moteur et la garantie des émancipations individuelles. Dans cet état d’esprit, les Wallons et les Wallonnes LGBTQI+ ont besoin d’une visibilisation positive de leur communauté. Arborer le drapeau Arc-en-ciel permet pour partie celle-ci. Car afficher ce drapeau sur des bâtiments publics, c’est à la fois rendre hommage à celles et ceux qui se sont battus pour les droits acquis et encourager celles et ceux qui se battent pour de nouveaux droits.

 

En tant que Ministre wallonne de l’Egalité des chances, c’est aussi un acte militant et politique pour dire : « Regardez, il y a des personnes LGBTQI+ en Wallonie ! Nous devons les écouter, nous devons les défendre, ils sont une partie de notre société ! ».

 

Selon vous, pourquoi est-il toujours aussi important de célébrer cette journée ?

 

Des militants ont choisi le 17 mai car le 17 mai 1990, l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) a - enfin - décidé de ne plus considérer l'homosexualité comme une maladie mentale. C’était il y à peine 30 ans !

 

Mais, comme date symbolique de la Communauté LGBTQI+, je crois que c’est surtout le 28 juin que l’on devrait retenir. En effet, le 28 juin 1969, c’est une date révolutionnaire au fond. Ces émeutes de Stonewall, à New-York, c’est en quelque sorte la Prise de la Bastille des droits LGBTQI+, une avancée supplémentaire dans la conquête des droits humains. À partir de cette révolte, la lutte contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie a pris une ampleur inédite et internationale.

 

Peu importe la date au fond. Ce qui compte avec cette journée internationale, cette célébration du 17 mai, c’est d’occuper l’espace politique et médiatique, de débattre publiquement autour de la place des personnes LGBTQI+ dans le monde, en Europe, en Belgique, en Wallonie.

 

Et surtout, cette journée est l’occasion de rappeler que la lutte n’est pas terminée : tant que des thérapies de conversion auront lieu, tant que des discriminations à l’embauche seront pratiquées, tant que des croyances seront les ennemies des droits humains, tant que des bourreaux et des harceleurs existeront, cette lutte se poursuivra avec optimisme et ténacité !

 

Quelles sont vos priorités concernant les droits des personnes LGBTQI+ en Wallonie durant votre législature ?

 

Tout d’abord, à l’instar de la dimension de genre, je souhaite intégrer les spécificités des personnes LGBTQI+ dans l’élaboration de toutes mes politiques.

 

Dans sa Déclaration de politique régionale, la Wallonie s’est engagée à aborder de manière intégrée la problématique de la discrimination à l’égard des personnes LGBTQI+, à mener des actions de sensibilisation et de formation dans plusieurs secteurs comme la santé, le logement ou l’emploi. Il s’agira également de soutenir efficacement les associations actives dans la défense et l’accompagnement des personnes LGBTQI+.

 

Concrètement, je compte avancer sur plusieurs dossiers durant cette législature.

 

Tout d’abord, je mènerai une réflexion sur le développement des refuges en Wallonie. Celle-ci doit être menée avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, le Ministre du logement, et en concertation avec le secteur associatif wallon ainsi qu’avec les pouvoirs locaux. Les faits sont là : des jeunes sont rejetés et exclus de chez eux en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Les chiffres d’occupation du refuge créé à Liège, à l’initiative de la Fondation Ihsane Jarfi, témoignent de la nécessité d’agir. C’est pourquoi j’ai décidé d’apporter un premier soutien financier à la Fondation et ce, dès le mois de juillet afin d’assurer la pérennité du projet.

 

Ensuite, comme la DPR le prévoit, il faut améliorer la prise en charge psycho-médico-sociale des personnes transgenres en créant un point de contact tant à destination des personnes transgenres que des professionnels de la santé. Nous savons que l’accès à des informations simples, claires et à jour concernant les transitions est compliqué en Wallonie. Quel est le trajet complet ? Que dit la loi ? Où trouver un.e endocrinologue ? Quelles sont les opérations possibles ? Qu’est-ce qui est remboursé ? Quid de la transformation de la voix ? Ces questions, toutes les personnes trans’ se les posent et les informations, si elles existent auprès des associations ou de certains spécialistes, ne sont pas rassemblées en un seul lieu. Il s’agirait donc de créer une plateforme qui les réuniraient et qui serait une ressource à la fois pour les personnes trans’ et leurs proches, mais également pour les professionnels de la santé.

 

Ensuite, nous serons proactifs dans l’élaboration du Plan d’action interfédéral contre la discrimination et la violence à l’égard des personnes LGBTQI+. À cet égard, les travaux sur le nouveau plan, menés par les administrations des entités fédérées sous la coordination de la Cellule égalité des chances fédérale, avancent bien. Dans ce cadre, je serai particulièrement attentive à plusieurs éléments. Tout d’abord, il faudra tenir compte des recommandations que la société civile a émises lors de l’évaluation du plan précédent afin que les acteurs de terrain s’imprègnent du plan et le fassent vivre. La société civile doit être consultée du début à la fin. Ensuite, il ne doit pas être une compilation de mesures éparses mais bien être porteur d’une vision globale avec des objectifs stratégiques clairement définis dès le départ. Pour n’en citer que quelques-uns, je pense qu’il faut :

  • Améliorer la formation et la diffusion d’informations dans certains domaines : à l’école, au travail, dans la fonction publique, … ;

  • Fournir des soins de santé de qualité aux personnes LGBTQI+ et en particulier aux personnes transgenres ;

  • Renforcer la sécurité des personnes LGBTQI+ ;

  • Améliorer la collecte de données statistiques et soutenir les recherches sur le sujet.

 

Enfin, nous devrons être attentifs à l’intersectionnalité et aux autres formes de discrimination que peuvent subir les personnes LGBTQI+ en raison de leur genre (femmes lesbiennes ou bisexuelles), handicap ou origine.

 

Plus spécifiquement, vous êtes en charge de l'Egalité des Chances mais également de la Santé. Pensez-vous que les questions de santé (au sens large) liées aux personnes LGBTQI+ sont plus complexes que pour le reste de la population ? De manière plus concrète, abordez-vous de manière spécifique les questions de santé des personnes LGBTQI+ dans votre approche de la santé ?

 

Je souhaite que l’ensemble de mes compétences (emploi, santé, action sociale, égalité des chances, droits des femmes, formation) soient pensées de manière complémentaire et intégrée.

 

Évidemment, nous devons aborder la santé des personnes LGBTQI+ en tenant compte de certaines spécificités. Tout d’abord, nous savons que l’état de santé de la population LGBTQI+ est souvent inférieur à celui de la population globale. Elle est davantage confrontée au stress, à la dépression, aux assuétudes et il y a également une prévalence de certaines maladies. Ensuite, il subsiste des freins et des inégalités quant à l’accès aux soins de santé. En effet, la prise en charge des personnes LGBTQI+ n’est toujours pas optimale dès lors que les professionnels de la santé sont peu formés en la matière et que persiste une approche genrée et normative de la médecine. Il est donc nécessaire de former et sensibiliser les professionnels afin d’améliorer la prise en charge et l’accompagnement de la population LGBTQI+.

 

En Wallonie, la politique de santé est guidée par le « Plan wallon de prévention et de promotion de la santé » qui vise à créer un environnement matériel, social et culturel porteur de santé sur le long terme, en incluant les personnes les plus précarisées et fragilisées. Comme ce plan le prévoit, je souhaite intégrer la santé dans toutes les politiques, en ce compris celles relatives aux personnes LGBTQI+, et promouvoir la participation citoyenne et l’empowerment.    

 

 

La "crise" que nous sommes en train de vivre est particulièrement éprouvante pour beaucoup d'entre nous. La situation de nombreuses personnes LGBTQI+ est plus qu'inquiétante. Certain-e-s sont confiné-e-s dans des familles hostiles. D'autres dans des situations de précarités extrême, conséquence directe de la discrimination à l'emploi (dont sont davantage victimes les femmes lesbiennes, bisexuelles et les personnes transgenres). La solitude enfin, qui – certes - touche toute la population mais peut être particulièrement présente chez les personnes LGBTQI+ wallonnes... Qu’avez-vous envie de dire à toutes ces personnes qui souffrent particulièrement en ce moment ?

 

Le confinement n’est évident pour personne mais il faut rappeler que nous ne sommes pas égaux face à la crise. Il est clair que la situation actuelle renforce les inégalités sociales ainsi que les situations d’urgence, et frappe d’abord les plus vulnérables comme les personnes LGBTQI+.

 

La situation de certains jeunes confinés dans des milieux hostiles et homophobes est particulièrement alarmante. En temps normal, ils/elles vont à l’école, voient des amis, fréquentent des lieux communautaires sécurisants et épanouissants. Le fait d’être confiné dans un milieu familial homophobe est donc particulièrement éprouvant. Les témoignages sont d’ailleurs nombreux. Je tiens à féliciter le travail des associations et des maisons arc-en-ciel qui assurent des permanences (par téléphone, chat, …) afin de leur venir en aide. Il faut également souligner le travail remarquable de la Fondation Ihsane Jarfi qui, depuis quelques mois, met un refuge à disposition des jeunes exclus de chez eux en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

 

Aussi, certaines personnes transgenres ont vu leur transition freinée en raison du confinement et n’ont plus accès aux soins de santé nécessaires. Dans le cadre du déconfinement, nous devrons être particulièrement attentifs afin qu’elles puissent être de nouveau accompagnées rapidement.

 

J’aimerais simplement dire à toutes ces personnes fragilisées, seules, et qui subissent déjà de nombreuses discriminations en temps normal, que je comprends leur désarroi et que je me tiendrai toujours à leur côté.  

 

Si les préoccupations sont, aujourd'hui, principalement sanitaires, les conséquences sur les plans sociaux et économiques du COVID-19 ne se feront pas attendre. Les associations qui luttent au quotidien contre la LGBTQI-phobie sont principalement subsidiées par les pouvoirs publics, notamment par votre cabinet et nous vous en remercions. S'il semble toujours prématuré d'en parler, le monde d'après coronavirus suscite énormément d'inquiétudes. Quel est l'avenir de ces soutiens ? Quelles garanties pouvons-nous attendre de votre part ?    

 

Les inquiétudes du secteur associatif sont tout à fait légitimes, et il n’est pas prématuré d’aborder la suite. À l’heure actuelle, évidemment, nos préoccupations sont essentiellement sanitaires : il nous faut protéger la santé des wallonnes et des wallons. Mais dès le début de cette crise, le Gouvernement a pris la mesure des conséquences économiques et sociales que celle-ci engendrerait : pertes d’emplois, faillites, instabilité du secteur associatif, appauvrissement de certaines catégories de personnes déjà fragilisées. Nous avons donc mobilisé des moyens considérables pour soutenir nos entreprises et l’ensemble des structures agréées par la Région, notamment en immunisant les subventions que celles-ci reçoivent, comme les maisons arc-en-ciel.

 

Je l’ai déjà dit : la défense et l’accompagnement des personnes LGBTQI+ passent notamment par un soutien au secteur associatif. C’est pourquoi je continuerai, en tant que Ministre de l’Egalité des chances, à soutenir les associations dans leurs projets. Concrètement, les subventions réglementées et récurrentes, nécessaires à la survie des structures, seront reconduites.

 

Après cette crise, la Région devra mobiliser de grands moyens et toutes les forces vives pour assurer le redéploiement de la Wallonie, et aider les plus fragilisés. À cet égard, les associations comme les vôtres auront un rôle essentiel. Je peux donc vous assurer qu’il n’est pas question de diminuer les budgets dédiés aux secteurs de l’Egalité des chances.    

 

Et un petit mot pour terminer sur une note positive?

 

"Soyons fier.es d’être ouvert.es, soyons fier.es d’être inclusif.ves, soyons fier.es de vivre dans une société diverse et plurielle, soyons fier.es de vivre sur une terre de libertés : la Wallonie ! Portons toutes et tous ce pin's car la lutte continue !"

 

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

Posts Récents
Please reload