Retour sur les deux lauréat.e.s du prix François Delor, édition 2016-2017.


Mardi dernier, nous remettions le prix François Delor, édition 2016-2017 à Florence Thiry pour son mémoire intitulé : "Hétéronormativité et expériences thérapeutiques des professionnel.e.s de la santé mentale avec des patient.e.s non hétérosexuel.le.s" & à Guillaume Albessard pour son mémoire intitulé : "L'asile lié à l'orientation sexuelle : les acteurs de la procédure belge reproduisent-ils une norme stéréotypée de l'homosexualité ?". Aujourd'hui, nous vous proposons d'en découvrir un peu plus sur leurs travaux respectifs.


Pouvez-vous me faire un bref résumé de votre mémoire et de ses conclusions ?


Florence - Ce mémoire a pour but d’explorer le lien entre hétéronormativité et santé mentale. En effet, des études montrent la persistance de pratiques discriminatoires dues à la présence d’antihomosexualité dans les dispositifs de soins. Or celles-ci ont une influence sur la santé mentale des minorités sexuelles. Plus particulièrement, ce mémoire s’intéresse à l’hétéronormativité des professionnel.le.s de la santé mentale et à leur vécu des expériences thérapeutiques avec des patient.e.s non hétérosexuel.le.s. Pour ce faire, un questionnaire en ligne – comprenant notamment l’échelle d’hétéronormativité HABS – a été diffusé auprès de praticien.ne.s et des entretiens semi-structurés ont été menés auprès de quatre femmes psychologues (deux hétérosexuelles et deux non hétérosexuelles). Les résultats de l’étude quantitative mettent en avant un effet d’orientation sexuelle dans la mesure de l’hétéronormativité, les professionnel.le.s de la santé mentale hétérosexuel.le.s étant généralement plus hétéronormatif.ve.s que leurs collègues appartenant à une minorité sexuelle. Par contre, les effets de genre et d’interaction n’ont pas pu être retrouvés. Quant à l’étude qualitative, elle a permis d’investiguer la compréhension de l’HABS par les quatre psychologues participantes. Elle a également mis en lumière certaines difficultés liées à l’homophobie, à l’hétérosexisme et à l’hétéronormativité ambiants et rencontrées par les personnes non hétérosexuelles dans la société en général et dans les soins de santé mentale plus spécifiquement. Ces difficultés reprennent notamment la présomption d’hétérosexualité, l’invisibilité des minorités sexuelles et la minimisation et/ou la pathologisation de l’orientation sexuelle des patient.e.s lors des suivis. En outre, cette recherche a permis de mettre en évidence des spécificités dans le vécu des expériences thérapeutiques par les psychologues non hétérosexuelles. Enfin, ce mémoire a confirmé le manque de formation des professionnel.le.s de la santé mentale sur les questions LGB alors que la plupart d’entre eux ou elles affirment être confronté.e.s à des patient.e.s non hétérosexuel.le.s dans leurs pratiques.


Guillaume - Mon mémoire utilise la science politique, et sa mise en lumière du pouvoir du guichetier au plus bas de la pyramide bureaucratique, et les études de genre et de sexualités, qui déconstruisent ces normes et ces représentations qui enferment les individus. La question posée est : Les acteurs de la procédure belge d’asile reproduisent-ils également une norme stéréotypée de l’homosexualité ? Brièvement, à travers des entretiens avec divers acteurs institutionnels et des arrêts de l’instance de recours, j'ai mis en évidence deux éléments : la reproduction d’une certaine norme essentialiste, voire stéréotypée, de l’homosexualité et le rôle subjectif du fonctionnaire et du juge dans cette dernière.


Qu’est-ce qui a motivé le choix de votre thématique ?


Florence - Tout a commencé lors d’un travail de groupe de fin de bachelier. Le thème de l’année étant le genre, nous avions décidé avec mon groupe de nous intéresser à l’influence du fait d’avoir grandi au sein d’un couple lesbien sur l’orientation sexuelle du sujet. Ce travail fut pour moi l’occasion de découvrir les études de genre. J’ai tout de suite accroché avec l’aspect interdisciplinaire de ce champ d’étude, avec les nombreuses remises en question du système social actuel et avec l’importance qui y était accordée aux ressources des personnes. Une chose était donc sûre : je voulais continuer sur cette lancée et réaliser mon mémoire dans ce domaine. Par ailleurs, lorsqu’ils et elles ont appris que j’étais non seulem