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Antoine Driesmans, lauréat du Prix François Delor 2015-2016

La cérémonie de remise du Prix François Delor s'est déroulée ce mercredi 29 mars à 18h au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. C'est Antoine Driesmans, qui a su convaincre les membres du jury avec un mémoire intitulé : "La psychiatrisation des transidentités : entre enjeux juridiques et exclusion sociale". Voici le compte-rendu de l'échange que nous avons eu avec lui.




Bonjour, tu viens de remporter le Prix François Delor. Qu’est-ce que cela représente pour toi ?


Je dois dire que lorsque j’ai appris la nouvelle, je suis passé par plusieurs sentiments :


J’ai d’abord été très étonné car je ne m’attendais pas du tout à remporter ce concours. Cette récompense était inespérée. C’est une victoire pour moi au vu de l’investissement personnel que cela m’a demandé. De plus, c’est très gratifiant que la tâche que j’ai effectué soit reconnue par le prix que je reçois car comme tout le monde le sait, nous avons tous, à un moment donné, besoin de reconnaissance.


Je suis assez fier d’avoir contribué, ne serait-ce qu’un minimum, à rendre plus visible et à légitimer les thématiques transidentitaires. Ces thématiques sont souvent mal comprises et les citoyens sont souvent mal et erronément renseignés. Je déplore que les droits humains des personnes transgenres soient si souvent bafoués. Il est également gratifiant pour moi que mon travail contribue à petit échelle à ce que cette minorité soit représentée, défendue et entendue.


Peux-tu nous parler en quelques mots de ton sujet de mémoire ? Qu’est-ce qui t’a motivé à traiter cette thématique ?


Le titre exact de mon mémoire est le suivant : « La psychiatrisation des transidentités. Entre enjeux juridiques et exclusion sociale. Quelle place pour l’autodétermination ? ». Comme le nom l’indique, je me suis focalisé sur la condition de psychiatrisation imposée par la loi de 2007 dites « relative à la transsexualité ». A la base, je voulais traiter de la condition de stérilisation également imposée par la même loi mais après plusieurs lectures et analyses, je me suis vite rendu compte que ce volet était déjà largement traité et remis en cause par les auteurs juridiques et d’autres sciences humaines. C’est pourquoi, j’ai décidé de me concentrer sur le volet « psychiatrisation » en accord avec ma directrice de mémoire, le professeur Isabelle Rorive.


J’ai commencé à m’intéresser à la thématique des transidentités en Master 1 grâce à mon cours de bioéthique dans le cadre duquel j’ai été amené à réaliser un petit exposé. À la lecture de la loi de 2007, en tant que fervent défenseur des droits de l’homme, j’ai très rapidement été choqué par les conditions imposées par le législateur. En plus, de créer des discriminations inacceptables entre les personnes trans elles-mêmes, cette loi contribue à accorder au psychiatre un pouvoir de décision dangereux et expose les personnes trans’ à l’exclusion sociale et à la précarité. Le diagnostic psychiatrique, en se basant sur des stéréotypes de genre, pourtant formellement interdits par le droit international, contribue à la déshumanisation des personnes trans qui se retrouvent prisonnières d’un parcours du combattant décourageant et dissuasif.