Retour sur la conférence de Karine Espineira

March 4, 2016

 

 

Karine Espineira, c’est qui d’abord ?

 

Karine Espineira est assignée garçon à la naissance en 1967 à Santiago du Chili et réside en France depuis 1974. Issue de l’immigration, elle a grandi dans la cité, baignée dans la culture ouvrière. Elle est sociologue des médias, et chercheure à l'Université Paris 8. Ses travaux s'inscrivent dans les champs des études de genre, et ses recherches portent sur les constructions médiatiques des transidentités, et sur les modèles de genre dans les médias.


Connue pour son engagement militant au sein du mouvement transidentitaire français depuis le milieu des années 1990, elle fonde en 2010 « L’Observatoire des Transidentités » avec Maud-Yeuse Thomas et Arnaud Alessandrin (depuis 2015, Maud-Yeuse et Karine sont les seules coresponsables de l’ODT) et se penche, entre autre, sur la première enquête sur la transphobie en France.

 

En 2006, elle reprend ses études avec un « Master 2 Recherche », cette fois-ci jusqu’au doctorat, conclu avec une thèse intitulée "La construction médiatique des transidentités : Une modélisation sociale et médiaculturelle". Une réussite qui fait d’elle la première Trans nommée docteure d’une université française.

Point de départ.

La place et les revendications Trans au sein du mouvement lgbt sont questionnées très régulièrement. Ce n’est pas un nouveau débat. On se contente simplement d’en renouveler la forme. Ces questions sont discutées depuis Stonewall en 1969. Le point de départ des critiques à l’égard de la communauté Trans tient en trois points.

  1. L’héritage Trans de Stonewall constamment remis en question voir nié.

  2. Les luttes et intérêts qui seraient d’ordres différents

  3. Les Trans « valideraient » la différence des sexes et donc l’inégalité entre ceux-ci

Les Trans et les féministes auraient pu se rencontrer beaucoup plus tôt, tant leurs luttes se rencontrent sur de nombreux points. La différence entre orientation sexuelle et identité genre, deux notions tantôt opposées, tantôt articulées parfois mises en concurrence est une thématique qui deviendra une équation complexe dans les années suivant Stonewall. Est-ce précisément cette question qui aurait contribué à l’éloignement des Trans et des féministes alors que ces communautés avaient tout à y gagner à joindre leurs forces ?

 

Et les médias dans tout ça ?

 

Aux Etats-Unis, Caytlin Jenner et Laverne Cox, sont deux personnes Trans mises sur le front de la représentation de leur communauté, et même si discrimination il y a encore et toujours, et le nombre considérable d’assassinats de personnes Trans de couleurs aux USA le démontre, leur existence est néanmoins inscrite dans la culture populaire. En France le sujet est cantonné comme étude de cas en médecine ou en droit.

 

Cette visibilité dans les médias a aussi des revers. Lesquels ?   On peut reprocher à Caytlin Jenner l’usage commercial qu’elle fait de sa transidentité et la représentation de la femme objet au corps retouché qu’elle propage abondamment, et qui questionne les normes corporelles féminines. Des stéréotypes renforcés qui contribuent à oppresser la femme avec un grand F. Cette critique constructive n’est-elle pas pourtant semblable aux critiques que pourraient émettre les mouvements  féministes ?

 

En France, la médiatisation récente de Mathilde Daudet confirme l’idée qu’on aime le concept des Trans « rassurants », ceux qui passent d’une case définie à l’autre. Les gens sont friands de belles histoires et des transitions réussies.  Ils sont confortés dans leur idée de ce que doit être une personne Trans. Le discours des Trans qui refusent l’assignation tout homme ou tout femme n’intéresse malheureusement ni les médias ni les gens.


Drop the T !

 

Récemment, par le biais d’une pétition, un groupe d’hommes et de femmes d’orientation homo et bi concluent que la communauté Trans doit être dissociée des LGB. En substance, ils demandent que les organisations cessent de représenter les Trans car, non seulement leur idéologie est différente de celle de la communauté LGB, mais elle est régressive et hostile aux objectifs des femmes et des hommes homosexuels.

 

La pétition est un flop, mais soulève néanmoins quelques questions. Avec le retour d’un discours datant des années 1970, où les Trans sont vus comme des êtres odieux, où l’idée du « mâle auto-construit femme » comme concept qui viole le monde et le corps des femmes est clairement associé aux LGB.

 

Un discours proche de celui de la « Manif pour tous » qui se termine par ces mots :

« En fin de compte, l’idéologie Trans n’est pas compatible avec le droit des femmes, des hommes et des enfants, et nous demandons aux organisations de se dissocier du monde transgenre et d’en revenir à la représentation de leur soutien de base pour les gays et les lesbiennes. »

 

Il est de bon ton de rappeler que l’homosexualité a été confrontée à la médicalisation, à la psychiatrie, à l’endocrinologie et à la sexologie… cela fait clairement écho aux obstacles que les Trans rencontrent à ce jour. Avons-nous à ce point la mémoire courte ?

Est-ce clair pour tout le monde ?

 

Dans l’histoire multimillénaire des femmes et des hommes et de leur relation, la visibilité des identités Trans est récente. Les Trans commencent à exister comme activistes et militant.e.s  depuis moins d’un demi-siècle. Ces personnes font leurs armes (grâce au féminisme) et depuis qu’elles arrivent à exister comme sujet de savoir, argument de taille, elles tentent de construire des outils d’émancipation et de nouer des alliances.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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