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Que sont les familles devenues

Le Centre d'action laïque vient de publier dans sa collection "Outils de réflexion" un ouvrage collectif sur l'évolution actuelle des familles, intitulé : "Familles qui êtes-vous ?" Toutes les familles, y compris les familles homoparentales. Sur ce sujet, le CAL a sollicité une contribution d'Arc-en-Ciel Wallonie que nous avons le plaisir de vous livrer ici en primeur.


Ceux et celles qui souhaitent aller plus loin trouveront ici comment se procurer cet ouvrage.


Homoparentalités et nature changeante des structures familiales


Contre nature ! Ces deux mots résument l’essentiel de l’opposition aux familles homoparentales. La philosophie des Lumières s’était fondée sur la nature pour rechercher une autre vision de l’agencement du monde que celui d’un plan divin. Mais c’est plutôt le sens d’une traduction laïque de l’ordre divin en ordre naturel que retient aujourd’hui le sens commun, entretenu notamment par le discours clérical. Ce qui relève de la norme et de l’ordre trouve toujours sa justification dans son prétendu caractère naturel. Aujourd’hui, les sciences sociales considèrent largement que la représentation qu’une société se fait de la nature relève d’une construction sociale. Elle est donc elle même un produit culturel. Changeant. Évolutif. De ce point de vue, les homoparentalités s’inscrivent dans les mutations des structures familiales qui, depuis une cinquantaine d’années, se sont beaucoup diversifiées.


Avènement et estompement de la norme familiale


Notre modèle familial actuel s’élabore durant les XVIIIe et XIXe siècles. Il privilégie la famille nucléaire, hétérosexuelle et monogame. La norme, c’est la famille bourgeoise traditionnelle, incrustée dans le Code Napoléon, constituée d’un couple et de ses enfants. L’homme y exerce la « puissance maritale ». La reproduction et la transmission du patrimoine en dominent les contours juridiques, sur base d’une vision différenciée des sexes. Hommes et femmes sont de nature incommensurablement différente, sur laquelle se fonde la répartition traditionnelle des rôles entre les hommes et les femmes au sein d’un ménage, autant que les représentations selon lesquelles les deux sexes sont nécessaires à une construction psychologique équilibrée des enfants. C’est ce que rappellent encore maintenant les slogans du mouvement français la Manif pour tous basés sur l’idéologie de l’irréductibilité de l’altérité homme-femme. Pourtant, ce modèle organisé autour de l’institution du mariage n’est adopté au départ que par les classes supérieures. Dans les années 1830 à 1850, le nombre de mariages par an en Belgique tourne autour de 25 à 30 000 seulement. Mais il se répandra plus tard, en particulier après la Seconde Guerre mondiale grâce à l’émergence de la sécurité sociale qui, en s’organisant autour de la famille, en devient le meilleur agent de promotion. La famille nucléaire devient la norme, y compris dans les classes ouvrières, et culmine dans les années 1970 où l’on célèbre annuellement plus de 73 000 mariages. À cette époque, la grande majorité des enfants naissent au sein de couples mariés.


Depuis lors, la norme a montré ses limites. Sa valeur de référence se délite au profit d’une diversification des formes familiales. La libération sexuelle est passée par là. Sexualité et reproduction commencent à se dissocier avec l’apparition de la contraception et plus tard de l’avortement. Le divorce, qui ne concerne encore que 6400 couples en 1970, augmente rapidement pour atteindre 35 000 en 2008 et encore 25 000 en 2013. Avec lui, la famille monoparentale se répand, ainsi que les familles recomposées et les phénomènes de garde alternée qui modifient profondément les formes familiales. L’âge du mariage recule, laissant la place à des expériences préalables d’union libre. Aujourd’hui, un enfant sur deux naît hors mariage. Le nombre de mariages lui-même diminue rapidement. En 2013, on en a célébré moins de 38 000. La cohabitation légale, qui a fait son apparition en 2000, met en lumière l’ampleur des formes alternatives au mariage. Le recensement de 2001 estime la cohabitation à près de 8 % des ménages. Cette forme d’union ne cesse de croître. En 2013, près de 40 000 contrats de cohabitation légale ont été signés, davantage donc – pour la première fois – que de mariages. Dans le cas des couples de même sexe, le phénomène est encore plus répandu : si un millier de mariages entre personnes de même sexe a lieu chaque année, la cohabitation légale lui est préférée par plus de 1300 couples en 2013. Dans cette population, le nombre de cohabitations légales y est supérieur au nombre de mariages depuis 2008.