Etre soi-même, dans et devant sa classe (un article d'Unia)

August 27, 2014

Le 14 août dernier, à Bruxelles, un enseignant renonçait à son poste car la direction lui avait demandé de ne pas dévoiler son homosexualité en classe."Je ne peux pas m'inventer une vie et une femme que je n'ai pas", expliquera-t-il. Quelques jours plus tard, c'est le directeur général du département de l'instruction de la Ville de Bruxelles qui insistera sur le fait que la direction avait simplement "rappelé au professeur son devoir de réserve et de neutralité". Par la suite, c'est le Centre pour l'Egalité des Chances (Unia), par la voix de son directeur Jozef De Witte, qui a évoqué la question de la neutralité sexuelle du corps enseignant dans un article sur son site web. Le voici dans son intégralité.

Article du Centre interfédéral pour l'Egalité des Chances. Lien vers l'article. 

L'école comme lieu d’apprentissage de la tolérance, y compris vis-à-vis de l’orientation sexuelle. 

Peut-on faire son coming out à l’école ? Suite aux déclarations du directeur général du département de l'Instruction publique de la ville de Bruxelles, la question de la ‘neutralité sexuelle’ du corps enseignant bat son plein. Pour Jozef De Witte, directeur du Centre interfédéral pour l’égalité des chances « l’apprentissage de la différence se fait dès le plus jeune âge et donc aussi à l’école ».

En mai 2014, ILGA-Europe a classé la Belgique comme le deuxième pays européen en matière de défense des droits des lesbigays tant en matière de droits comme le mariage que de protection contre les discriminations. Mais pour Jozef De Witte « en théorie, le droit existe, oui, mais dans la pratique, on le voit bien avec ce débat, il y a encore du chemin à parcourir. De nombreuses personnes –jeunes et moins jeunes- se sentent encore mal à l’aise par rapport à l’homosexualité ».

Il y a quelques mois, le Centre faisait de l’homosexualité à l’école une priorité pour les futurs gouvernements. Pour de nombreux jeunes lesbigays, l’école est un vrai parcours du combattant. Ils sont mal dans leur peau, comme en attestent les statistiques sur leur bien-être et sur le risque plus élevé de suicide. Jozef De Witte insiste sur le fait que « de nombreuses études pointent l’importance de l’école. C’est le lieu où les jeunes lesbigays subissent le plus de pressions pour se conformer au modèle hétérosexuel et le plus de situations de harcèlement verbal ou physique. Il ne faut pas s’étonner que plus de deux tiers des jeunes lesbigays cachent leur homosexualité à l’école ».

« Et les enseignants lesbigays sont eux-aussi en difficulté » ajoute De Witte, « ces dernières années, le Centre a reçu plusieurs signalements de la part d’enseignants qui étaient harcelés par leurs élèves. Parfois, ces enseignants étaient soutenus par leurs collègues et la direction, mais dans d’autres cas, c’était tout l’inverse ».

Les élèves et les enseignants ont tout à gagner d’une école ‘lesbigay-friendly’, une école où chacun pourrait être lui-même, se sentirait soutenu et en sécurité. « Une telle école ne profiterait pas qu’aux élèves et aux enseignants, mais à l’ensemble de la société » ajoute Jozef De Witte, « l’étude Beyond the box parue en avril dernier a montré que la rencontre avec des personnes différentes, et de préférence à un jeune âge, est le meilleur remède contre l'intolérance. En d'autres termes, c’est dans nos écoles que nous semons les graines d'une société inclusive. Les enseignants jouent-là un rôle essentiel. S’ils ne peuvent exprimer leur propre différence, dont leur orientation sexuelle, comment peuvent-ils être un modèle pour leurs élèves ? »

« En 2012, l'enseignement flamand s’est engagé, dans une déclaration commune, à mettre en œuvre une politique ‘lesbigay-friendly’ à l'école » rappelle Jozef De Witte qui précise également que « quand toutes les autorités du pays ont adopté début 2013 un Plan d’action interfédéral contre les violences homophobes et transphobes, elles ont encouragé les écoles à augmenter la visibilité de la diversité sexuelle. Il existe désormais en Flandre une formation visant à aider les écoles à gérer les questions liées au genre et à la diversité sexuelle, mais il y a encore beaucoup à faire en matière de lutte contre les discriminations dans nos écoles. Le Centre saisira toutes les occasions qui lui seront données pour épauler le monde de l'enseignement. Dans le cadre de nos compétences et en concertation avec les associations lesbigays, nous souhaitons engager un dialogue avec les responsables bruxellois de l'instruction publique ».

 

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