La liberté de marcher

May 2, 2014

La Belgian Pride de Bruxelles aura lieu le 17 mai, qui est aussi la journée mondiale de lutte contre l'homophobie. User d'une liberté, celle de marcher et de défiler, pour en réclamer une autre, la liberté d'aimer. Il y a de quoi faire réfléchir.

Le propre de l’espèce humaine, comme tout le monde sait, c’est … la station bipède. Nous nous tenons debout et nous marchons sur nos deux jambes.

 

Cette propriété assez extraordinaire qui signe l’aboutissement de l’évolution animale, nous la vivons comme évidente et naturelle, consubstantielle à notre espèce. Elle est pourtant le résultat d’un apprentissage. Les premiers pas des nourrissons sont une étape fondamentale de leur développement et entrainent immanquablement fierté, émerveillement et émotion parentales. Nous avons certes des prédispositions morphologiques, psychomotrices et imitatives qui autorisent la marche, mais pas de patrimoine génétique qui coderait un quelconque schéma cérébral inné nous propulsant sur nos deux pieds, et qui moins encore prescrirait la meilleure façon de marcher : celle de mettre un pied devant l’autre et de recommencer, comme dit la chanson.

 

Si l’on veut bien admettre que le sexe est une activité plus complexe que la marche à pied, il faut se rendre à l’évidence : pour naturel qu’il puisse paraître, il est peu vraisemblable que le sexe ne soit un comportement purement acquis.

 

Nous avons aussi en la matières quelques prédispositions : des attributs anatomiques en adéquation, des connexions neurologiques aptes à éprouver le plaisir, un équipement endocrinien prêt à s’activer, une capacité intellectuelle tout aussi mobilisée en faveur de l’imitation. Mais, pas plus que pour la marche, il n’existe pour le sexe de schéma cérébral dicté à nos neurones par un quelconque substrat génétique ou hormonal qui orienterait nos sens et moins encore qui prescrirait la meilleure façon de « sexer ».

 

Dans la marche, nous sommes libres. Libres de courir comme de nous arrêter. Nos pieds sont sans contraintes. Enfin, Maggie De Block voit bien quelques limites à la mobilité humaine, tout comme les Suisses ou encore les milliers de réfugiés qui subissent ces limites en accostant à Lampedusa. Il n’en demeure pas moins que nos jambes et nos pieds jouissent d’une fière liberté. C’est grâce à eux que nous faisons usage de cette liberté lorsque nous manifestons par exemple durant la Belgian Pride à Bruxelles.

 

La liberté du sexe, par comparaison, est nettement plus réduite. L’appareillage principal dont nous sommes pourvus à cet effet a beau se situer à l’autre extrémité de la jambe, il est, par consensus social, proprement dérobé. Si quelques mouvements lui sont autorisés dans la plus stricte intimité de la sphère privée, ceux-ci sont sous la tutelle de la morale publique dont les prescrits et les interdits sont abondants.

 

Le sexe, s’il pouvait s’exprimer sans entrave, dirait certainement aux pieds : « partagez avec moi la liberté qui vous est donnée. Soyons ensemble les symboles de cette liberté ».

 

Mais il pourrait plus utilement s’adresser à l’autre extrémité du corps. La tête, tout à la fois caput – le chef – et cogito – la pensée. La pensée individuelle par laquelle passe l’émancipation. Et la pensée collective pour qu’adviennent les conditions politiques de notre liberté de sexer. La marche des fiertés, comme on dit en France, c'est cela aussi.

 

 

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