Compte-rendu de la journée arc-en-ciel "J'ai 2 papas, j'ai 2 mamans"

L’homoparentalité est LE sujet à la mode. Depuis quelques mois, Arc-en-Ciel Wallonie est assaillie par les journalistes et les étudiants en quête d’information. L’actualité politique en France, les projets de loi concernant la Gestation pour autrui (GPA) en Belgique, … autant d’occasions de se pencher sur les questions liées aux familles homoparentales. En 2010, nous avons organisé une journée arc-en-ciel sur la législation entourant l’homoparentalité. En 2011, une journée arc-en-ciel a été consacrée aux parents qui ont des enfants homos : comment ont-ils gérés la nouvelle ? Quelles questions se posent-ils ? Leurs craintes ? Leurs joies ? En cette année 2012, nous voulions donner la parole aux enfants. Nous vous proposons dès lors de vous offrir une vision de l’homoparentalité à travers les témoignages d’enfants et de parents, d’experts et d’instits, bref, un tas d’informations de terrain que nous avons le plaisir de partager avec vous. Compte-rendu d’une journée riche en partages et en émotions.



Kévin Lavoie, Agent de développement à la Coalition des Familles Homoparentales au Québec


Kévin Lavoie est travailleur social et agent de développement à la Coalition des familles homoparentales du Québec. À ce titre, il a participé à la rédaction d’outils de sensibilisation et à la formation des animateurs pour le projet « De la diversité familiale aux stratégies pour en finir avec l’homophobie », une initiative de partenaires issus des milieux scolaires, associatifs et universitaires.


Nous lui avons demandé de nous présenter quelques mythes concernant les familles homoparentales et de les confronter aux études menées sur le sujet.


Mythe 1 : les personnes homosexuelles n’ont pas d’enfant.


--> À en croire un recensement mené par le Gouvernement du Québec en 1998 (un nouveau est actuellement en cours d’analyse), 1,3 % des mères et 0,2 % des pères sont homosexuels. Cela signifie que des milliers d’enfants évoluent au sein de familles homoparentales. L’accès à l’adoption et à la parentalité par les couples de même sexe font augmenter ce chiffre d’année en année.


Mythe 2 : Il n’y a pas de recherche scientifique qui a été menée sur les familles homoparentales.


--> C’est effectivement un argument que l’on entend en France. La réalité est toute autre : les premières recherchent ont débuté dans les années 70 (il y 40 ans !!!) et celles-ci se focalisaient tout d’abord sur la capacité des personnes homosexuelles à être de « bons » parents. Des mères et des pères divorcés d’un précédent couple hétérosexuel se sont donc vus dans l’obligation de justifier que leur « changement » d’orientation sexuelle n’allait en rien altérer leurs qualités de parent. C’est par la suite que les recherches se sont davantage penchées sur le bien-être de l’enfant, sur son développement psychique et social.


Jusqu’à présent, ces recherches démontrent que les enfants issus de couples homosexuels se développent de la même manière que ceux issus de couples hétérosexuels. Ni mieux, ni moins bien.


Mythe 3 : les parents homosexuels sont incapables d’être de bons parents.


--> Plusieurs préjugés sont associés à ce mythe : la perversité, le libertinage, le manque de figure masculine ou féminine, … Or les études, à nouveau, donnent des réponses d’une logique implacable telles que :

  • L’orientation sexuelle n’entrave pas le fonctionnement psychologique des parents.

  • Les homosexuels sont capables de relations stables, durables et satisfaisantes.

  • Les parents de même sexe ont la même approche pour élever les enfants que les parents hétérosexuels.

  • Un couple composé de 2 hommes ou 2 femmes autorise une organisation qui ne se base sur aucun scénario pré-construit et permet donc la possibilité d’une division plus équitable des tâches au sein du couple.

  • L’enfant est conscient d’avoir deux parents, reconnus à part égales.


Mythe 4 : Les enfants en contact avec des personnes homosexuelles risquent davantage d’être victimes d’abus sexuels


--> Il n’y a aucun lien entre la pédophilie (qui est un trouble sexuel) et l’homosexualité (une orientation sexuelle normale et mature).

--> Les hommes gays ne sont pas plus susceptibles d’abuser sexuellement des enfants que les hommes hétérosexuels.


Mythe 5 : Les enfants peuvent être confus quant à leur identité de genre (suis-je un garçon? une fille?) et aux rôles de genre conventionnels (garçon manqué, garçon efféminé)


--> L’identité de genre (croyance d’être fille/garçon) est acquise vers 2-3 ans et concorde avec le sexe biologique dans 99% des cas. Cette donnée est identique chez les enfants de famille homoparentale.

--> Les rôles de genre (attitudes, préférences, comportement, habillement, activités) sont, quant à eux, dans la norme établie même si l’on peut remarquer une ouverture d’esprit et moins de préférences stéréotypées concernant les activités chez les enfants issus de couples de même sexe.

--> Enfin, rappelons que les couples homoparentaux ne vivent pas en vase clos et que les enfants issus du couple jouissent de divers modèles masculins et féminins positifs autour d’eux (grands-parents, oncles, tantes, cousins, amis, …).


Mythe 6 : Les enfants ayant des parents homosexuels deviendront eux-mêmes homosexuels


--> Les études démontrent que ces familles « génèrent » le même taux d’hétérosexuels et d’homosexuels que dans la population en général (selon une étude québécoise : 3 % des filles et 6% des garçons de familles homoparentales sont homosexuels).

--> A nouveau, on peut remarquer que les enfants sont davantage ouverts à la diversité sexuelle que dans les familles hétéroparentales.

--> Et pour reprendre les mots de Kévin Lavoie : « Je suis homosexuels, pourtant, mes deux parents sont hétérosexuels ». Comment, en une phrase, déconstruire ce mythe !


Mythe 7 : Les gais et les lesbiennes ne doivent pas avoir d’enfant parce qu’ils seront harcelés à l’école et par leurs camarades


--> L’école est un milieu où l’homophobie et l’hétérosexisme sont encore fréquents. Qui plus est, les attitudes et les insultes homophobes passent encore régulièrement inaperçues et restent incontestées. Ce qu’il faut combattre, c’est l’homophobie, pas l’homosexualité. De même qu’il aurait été inconcevable il y a 50 ans d’empêcher les personne de couleur d’avoir des enfants afin que ceux-ci n’aient pas à subir le racisme, il est aujourd’hui impensable que la peur de devoir gérer l’homophobie prenne le pas sur les droits les plus élémentaires des personnes.


Plus d’info sur la Coalition des Familles Homoparentales? http://www.familleshomoparentales.org/


François Massoz-Fouillien et ses mamans : Claire et Annie


Claire et Annie se sont rencontrées à 17 ans. Leur amour n’a pas été évident à faire accepter à leurs parents. Si la maman de Claire s’est rapidement fait une raison, cela a été plus difficile pour Annie dont la maman coupera les ponts durant plusieurs années. Leur tout premier combat a été de pouvoir vivre ensemble. A cette époque, elles n’envisageaient pas du tout d’avoir un enfant craignant de lui faire porter un choix qui ne serait pas le sien. Les années passent et le désir d’enfant se fait tout de même sentir. Mais comment réaliser se projet totalement fou pour l’époque ?


Claire s’est fait inséminer à l’Hôpital de la Citadelle à Liège. Elle a pu bénéficier de l’appui de son gynécologue et du chef de service de fécondité.


Deux enfants naîtront le 23 mai 1987 : François et Anna Massoz.


Annie doit alors composer avec cette maternité et son tout nouveau job de responsable dans une grosse entreprise. Pour éviter de voir son autorité remise en question par ses subordonnés qui pourraient voir d’un mauvais œil sa situation familiale (l’homoparentalité, à l’époque, était une vision totalement abstraite pour la majorité de la population), elle choisit de taire son histoire. C’est son fils qui, 20 ans plus tard, l’outera par mégarde auprès de ses collègues. L’information ne fera ni vague, ni émoi au sein de l’entreprise.


Les enfants grandissent et il faut penser à les inscrire à la crèche puis à l’école. C’est Claire qui se charge de ces formalités administratives et énonce directement leur situation familiale, précisant que si Annie est bien leur maman, elle n’a officiellement aucun droit sur eux. La crèche se montre très ouverte et compréhensive. Pour preuve, lors de la première fête des mères, les deux enfants rapportent chacun une rose pour chacune de leurs mamans. A l’école c’est pareil : tout est fait pour que les deux mamans se sentent intégrées au même titre que les autres parents. Il faut dire que Claire et An