Compte-rendu de la journée arc-en-ciel "J'ai 2 papas, j'ai 2 mamans"

February 1, 2013


L’homoparentalité est LE sujet à la mode. Depuis quelques mois, Arc-en-Ciel Wallonie est assaillie par les journalistes et les étudiants en quête d’information. L’actualité politique en France, les projets de loi concernant la Gestation pour autrui (GPA) en Belgique, … autant d’occasions de se pencher sur les questions liées aux familles homoparentales. En 2010, nous avons organisé une journée arc-en-ciel sur la législation entourant l’homoparentalité. En 2011, une journée arc-en-ciel a été consacrée aux parents qui ont des enfants homos : comment ont-ils gérés la nouvelle ? Quelles questions se posent-ils ? Leurs craintes ? Leurs joies ? En cette année 2012, nous voulions donner la parole aux enfants. Nous vous proposons dès lors de vous offrir une vision de l’homoparentalité à travers les témoignages d’enfants et de parents, d’experts et d’instits, bref, un tas d’informations de terrain que nous avons le plaisir de partager avec vous. Compte-rendu d’une journée riche en partages et en émotions.

 

 

 

Kévin Lavoie, Agent de développement à la Coalition des Familles Homoparentales au Québec

 

Kévin Lavoie est travailleur social et agent de développement à la Coalition des familles homoparentales du Québec. À ce titre, il a participé à la rédaction d’outils de sensibilisation et à la formation des animateurs pour le projet « De la diversité familiale aux stratégies pour en finir avec l’homophobie », une initiative de partenaires issus des milieux scolaires, associatifs et universitaires.

 

Nous lui avons demandé de nous présenter quelques mythes concernant les familles homoparentales et de les confronter aux études menées sur le sujet.

 

Mythe 1 : les personnes homosexuelles n’ont pas d’enfant.

 

--> À en croire un recensement mené par le Gouvernement du Québec en 1998 (un nouveau est actuellement en cours d’analyse), 1,3 % des mères et 0,2 % des pères sont homosexuels. Cela signifie que des milliers d’enfants évoluent au sein de familles homoparentales. L’accès à l’adoption et à la parentalité par les couples de même sexe font augmenter ce chiffre d’année en année.

 

Mythe 2 : Il n’y a pas de recherche scientifique qui a été menée sur les familles homoparentales.

 

--> C’est effectivement un argument que l’on entend en France. La réalité est toute autre : les premières recherchent ont débuté dans les années 70 (il y 40 ans !!!) et celles-ci se focalisaient tout d’abord sur la capacité des personnes homosexuelles à être de « bons » parents. Des mères et des pères divorcés d’un précédent couple hétérosexuel se sont donc vus dans l’obligation de justifier que leur « changement » d’orientation sexuelle n’allait en rien altérer leurs qualités de parent. C’est par la suite que les recherches se sont davantage penchées sur le bien-être de l’enfant, sur son développement psychique et social.

 

Jusqu’à présent, ces recherches démontrent que les enfants issus de couples homosexuels se développent de la même manière que ceux issus de couples hétérosexuels. Ni mieux, ni moins bien.

 

Mythe 3 : les parents homosexuels sont incapables d’être de bons parents.

 

--> Plusieurs préjugés sont associés à ce mythe : la perversité, le libertinage, le manque de figure masculine ou féminine, … Or les études, à nouveau, donnent des réponses d’une logique implacable telles que :

  • L’orientation sexuelle n’entrave pas le fonctionnement psychologique des parents.

  • Les homosexuels sont capables de relations stables, durables et satisfaisantes.

  • Les parents de même sexe ont la même approche pour élever les enfants que les parents hétérosexuels.

  • Un couple composé de 2 hommes ou 2 femmes autorise une organisation qui ne se base sur aucun scénario pré-construit et permet donc la possibilité d’une division plus équitable des tâches au sein du couple.

  • L’enfant est conscient d’avoir deux parents, reconnus à part égales.

 

Mythe 4 : Les enfants en contact avec des personnes homosexuelles risquent davantage d’être victimes d’abus sexuels

 

--> Il n’y a aucun lien entre la pédophilie (qui est un trouble sexuel) et l’homosexualité (une orientation sexuelle normale et mature).

--> Les hommes gays ne sont pas plus susceptibles d’abuser sexuellement des enfants que les hommes hétérosexuels.

 

Mythe 5 : Les enfants peuvent être confus quant à leur identité de genre (suis-je un garçon? une fille?) et aux rôles de genre conventionnels (garçon manqué, garçon efféminé)

 

--> L’identité de genre (croyance d’être fille/garçon) est acquise vers 2-3 ans et concorde avec le sexe biologique dans 99% des cas. Cette donnée est identique chez les enfants de famille homoparentale.

--> Les rôles de genre (attitudes, préférences, comportement, habillement, activités) sont, quant à eux, dans la norme établie même si l’on peut remarquer une ouverture d’esprit et moins de préférences stéréotypées concernant les activités chez les enfants issus de couples de même sexe.

--> Enfin, rappelons que les couples homoparentaux ne vivent pas en vase clos et que les enfants issus du couple jouissent de divers modèles masculins et féminins positifs autour d’eux (grands-parents, oncles, tantes, cousins, amis, …).

 

Mythe 6 : Les enfants ayant des parents homosexuels deviendront
eux-mêmes homosexuels

 

--> Les études démontrent que ces familles « génèrent » le même taux d’hétérosexuels et d’homosexuels que dans la population en général (selon une étude québécoise : 3 % des filles et 6% des garçons de familles homoparentales sont homosexuels).

--> A nouveau, on peut remarquer que les enfants sont davantage ouverts à la diversité sexuelle que dans les familles hétéroparentales.

--> Et pour reprendre les mots de Kévin Lavoie : « Je suis homosexuels, pourtant, mes deux parents sont hétérosexuels ». Comment, en une phrase, déconstruire ce mythe !

 

Mythe 7 : Les gais et les lesbiennes ne doivent pas avoir d’enfant parce qu’ils seront harcelés à l’école et par leurs camarades

 

--> L’école est un milieu où l’homophobie et l’hétérosexisme sont encore fréquents. Qui plus est, les attitudes et les insultes homophobes passent encore régulièrement inaperçues et restent incontestées. Ce qu’il faut combattre, c’est l’homophobie, pas l’homosexualité. De même qu’il aurait été inconcevable il y a 50 ans d’empêcher les personne de couleur d’avoir des enfants afin que ceux-ci n’aient pas à subir le racisme, il est aujourd’hui impensable que la peur de devoir gérer l’homophobie prenne le pas sur les droits les plus élémentaires des personnes.

 

Plus d’info sur la Coalition des Familles Homoparentales?  http://www.familleshomoparentales.org/

 

François Massoz-Fouillien et ses mamans : Claire et Annie

 

Claire et Annie se sont rencontrées à 17 ans. Leur amour n’a pas été évident à faire accepter à leurs parents. Si la maman de Claire s’est rapidement fait une raison, cela a été plus difficile pour Annie dont la maman coupera les ponts durant plusieurs années. Leur tout premier combat a été de pouvoir vivre ensemble. A cette époque, elles n’envisageaient pas du tout d’avoir un enfant craignant de lui faire porter un choix qui ne serait pas le sien. Les années passent et le désir d’enfant se fait tout de même sentir. Mais comment réaliser se projet totalement fou pour l’époque ?

 

Claire s’est fait inséminer à l’Hôpital de la Citadelle à Liège. Elle a pu bénéficier de l’appui de son gynécologue et du chef de service de fécondité.

 

Deux enfants naîtront le 23 mai 1987 : François et Anna Massoz.

 

Annie doit alors composer avec cette maternité et son tout nouveau job de responsable dans une grosse entreprise. Pour éviter de voir son autorité remise en question par ses subordonnés qui pourraient voir d’un mauvais œil sa situation familiale (l’homoparentalité, à l’époque, était une vision totalement abstraite pour la majorité de la population), elle choisit de taire son histoire. C’est son fils qui, 20 ans plus tard, l’outera par mégarde auprès de ses collègues. L’information ne fera ni vague, ni émoi au sein de l’entreprise.

 

Les enfants grandissent et il faut penser à les inscrire à la crèche puis à l’école. C’est Claire qui se charge de ces formalités administratives et énonce directement leur situation familiale, précisant que si Annie est bien leur maman, elle n’a officiellement aucun droit sur eux. La crèche se montre très ouverte et compréhensive. Pour preuve, lors de la première fête des mères, les deux enfants rapportent chacun une rose pour chacune de leurs mamans. A l’école c’est pareil : tout est fait pour que les deux mamans se sentent intégrées au même titre que les autres parents. Il faut dire que Claire et Annie n’ont pas choisi l’école de leurs enfants par hasard : une école à pédagogie active les a séduites.

 

Les enfants font leur scolarité, ont des copains, des copines, les invitent à la maison. Vont à l’université, décrochent un diplôme puis un emploi.

 

Ce qu’Annie et Claire retiennent de la scolarité de leurs enfants, c’est la nécessité absolue de la réussite. Leurs enfants n’ont pas le droit à l’erreur car leur éducation serait pointée du doigt. Ils doivent être parfaits, partout, tout le temps. Une image à donner au monde extérieur : oui, nous sommes deux femmes mais voyez, nos enfants sont super !

 

Aussi loin que François s’en souvienne, il n’a jamais eu de problème avec le fait d’avoir deux mamans. Il a bien eu un camarade qui l’embêtait à l’école avec ça mais ça n’a pas duré. François a de la répartie. Et Anna n’est pas en reste. En plus, ce sont des enfants sympathiques qui s’attirent naturellement l’amitié de leurs camarades. Et ceux-ci viennent même jouer à la maison. Des camarades les envient même ! Beaucoup de leurs parents divorcent alors qu’il fait si bon vivre chez François et Anna.

 

François acquiesce à cette explication des « enfants parfaits ». C’était lourd à porter se souvient-il. Mais en même temps, si l’on voit le résultat aujourd’hui, cela en valait la peine. Il a un diplôme universitaire, un emploi (il travaille comme Chargé de Communication à la Maison Arc-en-Ciel de Bruxelles), une vie sociale et il est le papa d’un petit garçon de 6 mois.

 

L’année dernière, Annie les a adoptés tous les deux. C’est quelque chose dont il est fier. Enfin, il a deux mamans de manière officielle.

 

Jean-Pierre Frisée, responsable de la médiathèque de la Maison Arc-en-Ciel de Liège

 

La Maison Arc-en-Ciel de Liège accueille régulièrement des expositions, des activités, des projections de films, des repas ainsi que la plupart des réunions du milieu associatif LGBT liégeois.

 

La Maison arc-en-ciel abrite également une médiathèque. Celle-ci renferme des centaines de livres, essais, films, documentaires, magazines, … ayant un rapport avec la culture LGBT.

Voici une sélection d’ouvrages ayant trait à l’homoparentalité :

 

Catégorie témoignages

 

- "Nous, enfants d'homos. Homoparentalité, une génération témoigne." Stéphanie Kaim. Entre la France et la Californie, cette journaliste a rencontré des enfants de lesbiennes et de gays. Un des livres qui revient toujours à la parole des enfants.

- "Fils de…" Taina Tervonen et Zabou Carriere. Catalogue d'une expo photo qui associe portrait et vécu des témoins. De nombreuses situations (personne âgée, famille homoparentale recomposée, par insémination,…).

 

Catégorie livre pour enfants

 

- "Jean a deux mamans" Ophélie Texier. Un peu stéréotypé de genre quand même.

- "J'ai 2 papas qui s'aiment " Morgane David. Insiste sur le coté "c'est difficile"

- "Marius" de Latifa Alaoui M.et Stéphane Poulin. Plutôt positif, le seul qui aborde les "origines" de l'enfant (couple hétéro qui se sépare) et les sentiments amoureux de l'enfant envers quelqu'un de l'autre sexe.

 

Catégorie homoparentalité (couple lesbien)

 

- "Deux mamans & un bébé" de Muriel Douru.

- "Maman, Mamour, ses deux mamans. Grandir dans une famille homoparentale" de Brigitte Célier.

- "Deux femmes et un couffin. Une histoire d'adoptions homoparentales" de Claire Altman.

- "Family pride" de Laurence Cinq-Fraix.

 

Catégorie homoparentalité (couple gay)

 

- "Rester père" de Christina Krumb. Témoignages de pères, recueillis par un journaliste bénévole à David et Jonathan.

- "Choisir la paternité gay" de Martine Gross.

 

Cette liste n’est pas exhaustive. De nombreux autres ouvrages sont disponibles.

La médiathèque de la Maison Arc-en-Ciel de Liège est accessible tous les lundis et mercredis de 13h à 17h ainsi que le 1er et 3e vendredi du mois de 19h à 21h.

Contact : courrier@macliege.be - 04/223.65.89.

 

DVD « Regard sur les familles homoparentales »

 

Ce DVD est une initiative de membres de la Coalition des familles homoparentales, d’éducateurs-trices et d’universitaires impliqués dans l’Equipe de recherche sur la famille et son environnement (ERFE) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et au Centre d’orientation sexuelle de l’Université McGill (COSUM).

 

Ce DVD et la formation qui l’accompagne ont pour but de répondre aux besoins des enfants qui vivent dans des familles homoparentales et dont la structure familiale n’est pas bien représentée ou reconnue dans les institutions publiques, notamment dans le système scolaire, le système de santé et des services sociaux, et dans les organismes communautaires. Ils répondent aussi aux besoins exprimés par des éducateurs-trices qui ont demandé de l’aide afin d’être mieux outillés pour intervenir lorsqu’ils sont témoins de propos et de gestes homophobes entre élèves du primaire, ce qui arrive malheureusement trop souvent.

Ce DVD et la trousse de formation qui l’accompagne sont disponibles à la médiathèque de la Maison Arc-en-Ciel.

 

Verlaine Berger, Chargée de Communication d’Arc-en-Ciel Wallonie

 

Nous avons récolté le témoignage de parents et d’enseignants et voici ce qui ressort de nos interviews :

 

Du côté des parents

 

1) Il est primordial pour les parents d’énoncer, lors de l’inscription de l’enfant à l’école, que celui-ci a deux mamans et/ou deux papas. Il existe donc une réelle volonté d’être « out » dès le premier contact. Cela permet également de guetter la réaction de la direction de l’établissement.

 

2) Les parents ne choisissent pas l’établissement par hasard. En effet, il s’agit d’un choix réfléchi et étudié. La plupart choisissent des écoles réputées pour leur ouverture d’esprit voire même prodiguant une pédagogie alternative (type Freinet).

 

3) Les parents et les enfants se sentent très bien intégrés au sein de l’école et n’ont jamais eu à subir le regard ou les questions des autres parents ou enfants. Lorsqu’un conseil de classe a lieu en début d’année, les parents ont immédiatement annoncé la couleur aux autres parents. A nouveau dans un esprit de transparence.

 

Du côté des enseignants

 

1) Le fait qu’un enfant ait deux mamans et/ou deux papas ne fait pas l’objet d’une communication spécifique de la part de l’enseignant auprès des élèves et/ou de leurs parents. Les enseignants estiment que ça ne se justifierait qu’en cas de questionnement ou de conflit.

 

2) Le bon équilibre de l’enfant a permis aux enseignants d’être convaincus du bien-fondé de l’homoparentalité, pour ceux qui étaient soit dubitatifs, soit en questionnement à ce sujet.

 

3) Sur les quelques enseignants que nous avons interrogés, une seule enseignante a immédiatement entrepris de ce documenter sur l’homoparentalité lorsqu’elle a appris que l’un de ses futurs élèves avait deux mamans. Elle a également acheté des livres pour enfants sur la thématique et les a placés dans le coin lecture de la classe. Comme les autres enseignants, elle a décidé de ne pas soulever le sujet en classe tant qu’il n’y avait pas une demande de la part des élèves. Cette demande s’est manifestée récemment de la part d’une petite fille de la classe qui était étonnée que son camarade ait deux mamans et pas de papa. Ce fut donc l’occasion de lire quelques-uns des livres choisis par l’enseignante et d’en discuter avec les élèves.

 

 

Suite à cette présentation, le débat a été ouvert avec la salle et plusieurs points ont été réaffirmés :

 

- Volonté de se dévoiler en tant que famille homoparentale dès l’inscription de l’enfant à l’école.

- Recherche d’un établissement scolaire dont l’ouverture d’esprit est reconnue.

- Les yeux de la société sont rivés sur ces enfants issus de couples gays et lesbiens. La famille ressent dont la nécessité que ses enfants se développent aussi bien (voire mieux) que les enfants issus de couples hétéros au niveau psychique, psychologique et social de crainte que l’éducation soit pointée du doigt.

 

Pour télécharger le compte-rendu complet de la journée, cliquez ici.

 

 

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