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| Humeur : bref, y a du travail |
| Jeudi, 16 Février 2012 08:29 | |||||
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Mais force est d'admettre que les trois petites histoires qui suivent vont quelque peu nuancer ces observations. Visions impressionnistes du phénomène d'homonégativité (un homo vaut moins qu'un hétéro), vision nécessaire cependant étant donné le (trop) peu d'études sur le sujet en Belgique francophone. Trois histoires donc, inscrites dans des microcosmes et micro espace-temps particuliers : une famille, une école secondaire et une soirée étudiante. Trois manifestations d'un pouvoir qui s'exerce à l'insu des intervenants et qui participe à l'incorporation d'une norme par les individus, au niveau local et donc évanescent des relations interpersonnelles.
Une grand-mère va rechercher sa petite fille à l'école dans la région liégeoise. C'est la Saint-Valentin. La grand-mère demande à sa petite-fille si elle a un amoureux. La petite-fille répond : "Oui, j'ai deux amoureux : Olivier et Sandra". La grand-mère est ouverte d'esprit. Mais pense quand même qu'il vaut mieux ne pas en parler aux parents de la petite-fille. "Quelles têtes feraient-ils ?"
Un jeune garçon (18 ans) dans une école secondaire de la Communauté française. Ca fait un an qu'il est avec son copain. Ses camarades de classe (rhéto) ont découvert qu'il était en couple avec un garçon. Depuis lors, le jeune garçon est l'objet de nombreuses plaisanteries : "Alors ? Tu prends dans le luc ? " (charmante expression que j'ai découverte à travers ce témoignage et qui montre toute la créativité dont sont capables nos teenagers). Dans la classe, un condisciple lance un "gay" repris par un autre, puis un autre. Le professeur demande le silence. Le jeune garçon en parle à son copain. Son copain prend peur que ne lui arrive la même chose dans son école à lui. Il préfère mettre fin à la relation et prévoit de se mettre en couple avec une fille, "ça sera plus facile pour le regard des autres".
Ici, les jeunes ont entre 20 et 25 ans environs. Ici, c'est une soirée étudiante dans un kot communautaire attenant à une des universités francophones belges. Un blind test (quizz musical) est organisé. Trois équipes remontées à bloc descendent des bières et tentent d'accéder à la finale. Différents morceaux de musiques se succèdent pour lesquels les équipes doivent donner le titre et l'artiste. Le public est survolté. La soirée est manifestement un succès. Parmi d'autres titres, l'animateur a programmé "Laisse-la rêver" de Roch Voisine. Au bout d'à peine quelques secondes de la chanson, l'un des protagoniste de l'équipe du milieu crie avec enthousiasme "Laisse-la rêver, Roch Voisine". Réponse correcte mais dans le brouhaha général, on distingue clairement le cri de l'équipe de gauche "aaaaaaah ah ah, pédé ! pédé !" (connaître une chanson de Roch Voisine est assimilé à être un pédé). Et l'animateur de renchérir en s'adressant à celui qui avait découvert un peu trop vite Roch Voisine : "beau sacrifice pour ton équipe". En clair, belle abnégation que de se faire passer pour un gay qui écoute du Roch Voisine tout ça pour remporter un quizz musical.
Ces trois histoires vraies se sont déroulées entre le 13 et le 15 février 2012. Elles témoignent de la différence de perception, de jugement et de traitement entre les amours hétérosexuelles et homosexuelles. C'est précisément à travers ces processus de disqualifications systématiques (par des parents, des condisciples, des enseignants, des amis) que l'estime de soi des jeunes gays et lesbiennes est malmenée et conduit à des ruptures familiales, des décrochages scolaires ou au repli sur soi mis en évidence par des études britanniques ou québecoises notamment.
Quelle emprise avons-nous (en tant qu'individu ou groupement d'individu) sur ces exercices de pouvoir au niveau local ? Peu. Trop peu. Des campagnes de grande envergure pourraient être envisagées dans nos écoles, nos mouvements de jeunesses, nos entreprises publiques et privées. Des formations pourraient être élaborées qui concerneraient nos assistants sociaux, nos psychologues, nos enseignants, nos syndicalistes, nos policiers, nos magistrats, nos médecins. Sensibiliser, éduquer, former, informer.
Bref, y a du travail.
Vincent Bonhomme
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L'European Values Study constate la régression constante de la désapprobation de l'homosexualité (sic dans le journal Le Soir de ce jeudi), entre 1981 et 2009. C'est plutôt une bonne nouvelle. Et argons que la désapprobation a continué de régresser entre 2009 et 2012.
