Royaume Uni : Les gays abstinents pendant 10 ans pourront donner leur sang

don de sang

En Grande-Bretagne, les gays pourront bientôt donner leur sang. A une condition : ne pas avoir eu de relations sexuelles avec un homme depuis au moins dix ans. En France, le Sénat a confirmé l'exclusion permanente des hommes homosexuels.

En Grande-Bretagne, les hommes homosexuels peuvent donner leur sang. A un détail près tout de même, trois fois rien: ne jamais avoir eu de relations sexuelles avec un autre homme. Être généreux se mérite.

D’après les informations de The Telegraph, cette disposition, jugée "potentiellement discriminatoire et contraire aux lois sur l'égalité", devrait être levée. Les gays pourront bientôt donner leurs globules rouges à condition de ne pas avoir eu de relations sexuelles au cours des… dix dernières années.

"Groupe à risque"

Presque tous les pays d'Europe excluent du don du sang les "hommes ayant des relations sexuels avec des hommes" (HSH), et ce de façon permanente. Ils sont considérés comme appartenant à un "groupe à risque", au même titre que les consommateurs de drogue (par injection), les prostitués, les personnes atteintes d'une MST ou de la maladie de Kreuzfeld-Jacob - liste non exhaustive et variable selon les États.

La liste des conditions à remplir pour la Belgique est consultable ici ; ce questionnaire permet aux Britanniques de déterminer eux-mêmes s'ils peuvent donner.

Seules l'Espagne et l'Italie considèrent de la même manière les comportements à risque - comme le fait d'avoir plusieurs parternaires ou d'en changer - quelle que soit l'orientation sexuelle. Dans tous les cas, la période d’exclusion est fixée à un minimum de six mois pour l’Espagne et à quatre mois après l’arrêt de ce comportement à risque en Italie.

Discrimination ou sécurité sanitaire

A l'inverse, en France, la discrimination est permanente pour les HSH, depuis 1983, quand elle n'est que de quatre mois pour les hétérosexuels ayant des comportements à risque - comme le montre le détail de l'arrêté (voir la 7ème page). Les lesbiennes ne sont pas concernées, preuve pour les autorités, qu'il ne s'agit en rien d'une mesure discriminatoire, mais bien d'une règle de sécurité.

Dans un avis mi-figue mi-raisin rendu le 6 février 2006, la Halde concluait que :

en l’espèce il n’y a pas de refus d’accès à un bien ou à un service, même si la pratique actuelle est vécue comme discriminatoire par les candidats au don du sang.

En 2009, Roselyne Bachelot a signé un arrêté qui allonge l’âge limite pour donner son sang (de 65 à 70 ans), mais maintient l’exclusion pour les hommes homosexuels. La ministre de la Santé expliquait alors :

les données épidémiologiques sont incontestables: entre 10 et 18 % des gays sont contaminés, alors que ce pourcentage est de 0,2 % pour les hétérosexuels. Les situations épidémiques ne sont pas les mêmes. Il y a un risque, et ce risque est trop élevé.

"Le risque statistique d'être porteur du VIH est 100 fois plus élevé chez les homosexuels masculins que chez les hétérosexuels", poursuit l'Établissement français du sang sur la page de son site Internet consacrée aux contre-indications. Et, l'EFS conclut : "la mesure d’ajournement des hommes ayant eu des relations sexuelles avec d’autres hommes est fondée sur les données épidémiologiques."

"Risque infinitésimal"

Le Sénat a de nouveau débattu de cette question la semaine dernière, dans le cadre de la loi bioéthique. Un sous-amendement indiquant que "nul ne peut être exclu du don en dehors de toute contre-indication médicale" a été adpoté. Mais, comme le rapporte le site Yagg, les homosexuels restent exclus :

A la question du sénateur Guy Michel (Groupe communiste): “la contre-indication permanente concerne bien, dans l’arrêté, un homme ayant eu une relation sexuelle avec un homme. C’est cela?” La secrétaire d’État à la Santé a répondu: “Oui. Pour le don du sang”, confirmant l’exclusion des homosexuels.

Dans une étude parue très récemment dans la revue "Transfusion clinique et biologique", Josianne Pillonel, de l'Institut de Veille Sanitaire, défend également l'impératif de sécurité : "Les études d’impact d’une modification de la mesure d’exclusion sur le risque VIH ont montré que la réduction de la durée d’exclusion engendre un risque supplémentaire. Certes, ce risque est très faible, mais est-il acceptable de faire courir un risque additionnel même infinitésimal aux receveurs de produits sanguins ?" Mais, l'épidémiologiste précise que :

Les études les plus récentes s’accordent pour conclure qu’une alternative à l’exclusion permanente pourrait consister à autoriser le don des hommes abstinents au cours des 12 derniers mois. Cette mesure permettrait de couvrir largement la fenêtre silencieuse [la période de 7 à 10 jours pendat laquelle les tests viraux sont négatifs même en cas de contamination par le HIV] pour les hommes ayant récemment pris des risques ou pour ceux dont les partenaires auraient pris des risques.

Par
Damien Dubuc (Paris), Florian Tixier (Paris), Catherine Cornet (Rome), Dorothée Fraleux (Berlin), Tristan de Bourbon (Londres), Jean-Sébastien Lefebvre (Bruxelles)

Publié le 12 avril 2011 dans

Lire l'article sur le site myeurop.info

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