Jeunesse / Le délégué aux Droits de l’enfant réclame une approche adaptée

L’homosexualité taboue à l’école ?

L'ESSENTIEL

  • Selon Bernard Devos, l’homosexualité devrait être davantage abordée au sein de l’école.
  • Dès la maternelle.

Bonjour, je suis un garçon de 16 ans et je sors avec un garçon de 13 ans depuis un mois. Comme on a commencé à se montrer en public, la direction de l’école nous a convoqués en disant que, comme on est deux garçons, on ne peut plus se montrer sinon on est renvoyés.

Pour moi, c’est de l’homophobie. » Pour le délégué aux Droits de l’enfant, Bernard Devos, aussi. Des témoignages comme celui-ci, il dit en recevoir beaucoup qui, pour la plupart, vont dans le même sens et témoignent de la rigidité d’une école encore accrochée à des stéréotypes sexuels.

« Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants »

« C’est l’histoire du prince charmant et de la princesse qui se marièrent et eurent beaucoup d’enfants », ironise Bernard Devos.

Cette vision traditionnelle, quasi disneyenne, n’est, dit-il, plus vraiment en phase avec la réalité, si tant est qu’elle le fut un jour. Elle provoquerait des dégâts dès lors qu’elle considère la seule relation hétérosexuelle comme légitime. Or « la cellule familiale de l’enfant a changé, explique Bernard Devos. Des enfants ont parfois deux papas ou deux mamans, ont été conçus par des techniques nouvelles ou grâce à une mère porteuse ou un don de sperme. Ce n’est pas sans poser des problèmes d’identité chez les enfants. »

Cette évolution, à la fois technique et comportementale, ne serait pas suffisamment rencontrée par l’école, même à travers les cours d’éducation sexuelle.

« Dès le début, raconte cette jeune fille, je me suis inventé des faux flirts avec des garçons pour paraître comme tout le monde. Si on dit ce qu’on est, c’est tout de suite des moqueries et des insultes. On est considéré comme anormal. Dans les cours d’éducation sexuelle, on ne parle que de sexualité hétérosexuelle. »

Selon Bernard Devos, c’est dès la maternelle que la sensibilisation devrait avoir lieu. L’idée, ici, n’est pas de parler de sexualité, mais de diversifier les modèles et les représentations proposés aux enfants. Ne fût-ce que pour répondre à une réalité statistique, puisqu’on évalue entre 5 et 10 % le pourcentage d’homosexuels ou de lesbiennes dans une population donnée. La lutte contre l’homophobie passe aussi, explique-t-il, par une attention particulière apportée par les enseignants et les éducateurs pour éviter que les insultes homophobes ne se banalisent.

« Ce type d’injures exigent une réaction immédiate, explique Bernard Devos. Il n’est pas nécessaire d’être la cible directe d’une insulte homophobe pour intérioriser la honte. »

Selon lui, parler de l’homosexualité ne s’apparente pas à du prosélytisme. Il s’agit de recommander une approche philosophique qui soit la plus large possible pour permettre aux jeunes de découvrir leur sexualité dans les meilleures conditions. Elle se justifierait d’autant plus que la prévalence du suicide est 5 à 6 fois supérieure chez les homosexuels de moins de 25 ans et 8 à 10 fois supérieure chez les lesbiennes du même âge.

Du côté du cabinet de la ministre de l’Enseignement obligatoire, Marie-Dominique Simonet (CDH), on dit agir à la fois de manière ponctuelle – un guide pour combattre l’homophobie est disponible sur enseignement.be – et sur le long terme, notamment via des formations sur l’éducation aux genres et la diversité sexuelle. On annonce également la mise en place prochaine de cellules « bien-être » composées des acteurs de première ligne au sein des écoles et qui devront notamment pouvoir aborder cette thématique. Enfin, des dépliants sont en préparation qui seront rédigés en collaboration avec l’association Arc-en-ciel et distribués à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, le 17 mai 2011. ♦ FABRICE VOOGT

« On fait aujourd’hui son “coming out” plus jeune »

 

Actif au sein de l’association « Tels Quels », qui milite pour l’émancipation et le bien-être des gays et des lesbiennes, Michel Duponcelle est régulièrement invité par les écoles de la Communauté française pour évoquer les questions liées à l’homosexualité et l’homophobie. Selon lui, les ados sont plus tolérants qu’il y a dix ans.

Le délégué général aux Droits de l’enfant, Bernard Devos, estime que la question de l’homosexualité reste encore taboue à l’école. Qu’en pensezvous ?
D’abord, on doit éviter de généraliser. Nous répondons régulièrement à des invitations, qu’elles émanent de directions d’école, de centres PMS ou d’associations de parents, qui nous demandent de venir aborder ce thème en classe. Paradoxalement, nombre d’entre elles viennent de l’enseignement catholique alors que, par exemple, le réseau laïque de la Ville de Bruxelles, à la porte duquel nous frappons régulièrement, ne nous a jamais sollicités. A Tournai, nous faisons régulièrement le tour de toutes les écoles. Nous avons également répondu à une demande venant d’une institutrice parce qu’un des enfants avait deux papas et qu’elle souhaitait qu’on explique la situation en classe.

Quel type d’accueil recevez-vous généralement chez les plus grands ?
L’évolution est très positive. Il y a dix ans, les réactions étaient parfois très négatives. Certains élèves quittaient la classe, d’autres tapaient leur chaise par terre ou chahutaient. C’est beaucoup moins le cas aujourd’hui. Avec les jeunes nord-africains, nous avons une approche particulière : nous arrivons en expliquant ce que dit le Coran, qu’ils n’ont généralement pas lu, sur l’homosexualité et nous arrivons ainsi à créer le dialogue.

A quoi attribuez-vous cette évolution ?
Les mentalités ont évolué en partie grâce à l’impact de certains coming out de vedettes comme le chanteur Ricky Martin, auxquelles les jeunes s’identifient. A mon époque, le modèle véhiculé était celui de la Cage aux folles. En même temps, c’était déjà un pas en avant puisque l’on parlait d’un couple stable, avec un enfant et accepté par son milieu. Mais aujourd’hui, les jeunes disposent d’une palette de modèles plus large. Ce n’est pas étranger au fait qu’ils font leur coming out dès 14, 15 ans contre 24 ou 25 auparavant. ♦ Propos recueillis par F.V.

Lire l'article en PDF

Commentaires
Ajouter un nouveau
Ecrire un commentaire
Nom:
Email:
 
Titre:
Saisissez le code que vous voyez.

3.23 Copyright (C) 2007 Alain Georgette / Copyright (C) 2006 Frantisek Hliva. All rights reserved."

 

Avec le soutien financier de

Région Wallone