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| 17 mai, Arc-en-Ciel Wallonie au Parlement Wallon |
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A l'occasion du 17 mai, journée mondiale de lutte contre l'homophobie, la Commission de la Santé, de l'Action sociale et de l'Égalité des Chances du Parlement wallon a invité en audition Thierry Delaval, président de la fédération Arc-en-Ciel Wallonie. L'occasion de dresser un état des lieux de l'homophobie en Région wallonne. Après avoir présenté la fédération et ses membres, le président, accompagné de Verlaine Berger et Vincent Bonhomme, a résumé la philosophie poursuivie par la fédération puis a engagé les parlementaires à plus de volontarisme politique dans la traque des comportements homophobes. Voici quelques extraits de son intervention. La Philosophie d'Arc-en-Ciel Wallonie Pierre Bourdieu a écrit (dans un contexte français) : "c'est paradoxalement quand ils se mobilisent pour revendiquer les droits universels qui leur sont en fait refusés que l'on rappelle les membres des minorités symboliques à l'ordre universel : on ne condamnera jamais aussi violemment le particularisme et le "communautarisme" du mouvement gay et lesbien qu'au moment même où il demande que la loi commune soit appliquée aux gays et aux lesbiennes". Concrètement, l’étiquetage en tant qu’homosexuel-le-s et pire encore en tant que communauté homosexuelle est pour nous une erreur – scientifique, médicale, policière -historique à l’origine de la stigmatisation moderne des relations humaines entre personnes de même sexe. Créer l’individu homosexuel, c’est forcément créer la source inévitable de discriminations. Notre philosophie politique est intégralement basée sur ce point de départ. Démystifier, « déconstruire », pour employer l’expression de Gayle Rubin, une des plus éminentes féministes américaines, et aussi sortir de l’ornière réductrice du comportement sexuel, sont les fondements de notre action. En d’autres termes, il ne s’agit pas pour nous de « mobiliser » une quelconque communauté qui s’identifierait comme telle. Au contraire, notre cible est la population toute entière, ses acteurs et ses institutions. D’une manière pragmatique, cela signifie que nous privilégions systématiquement le partenariat avec les opérateurs dans tous les domaines concernés : je pense bien sûr aux pouvoirs publics régionaux, mais aussi communaux, ainsi qu’aux intervenants dans les secteurs de l’aide sociale, des plannings familiaux, des centres de santé mentale, des responsables de maisons de repos, de l’enseignement, de la culture etc. etc. Nous sommes à ce sujet, tout à fait en phase avec la déclaration de politique régionale qui privilégie l’approche mainstreaming de l’égalité, sans toutefois négliger des accents spécifiques à chaque critère de discrimination retenus comme prioritaires. Ceci est un engagement fort de la Fédération Arc-en-Ciel Wallonie d’autant que la discrimination basée sur l’orientation sexuelle est souvent le parent pauvre de l’approche mainstreaming. Je saisi donc l’occasion de cette audition pour attirer votre attention sur ce point. L’homosexualité est le plus souvent invisible et est la plus impalpable des sources de discrimination. De plus, nous ne sommes pas débarrassés d’a priori forts – culturels et moraux – qui souvent nous retiennent de considérer cette discrimination au même titre que les autres : la discrimination entre les hommes et les femmes, la discrimination raciste ou encore la discrimination sur la base de l’âge, pour ne prendre que quelques exemples. C’est le sens que je retiens de votre résolution de 2005 relative à la participation de la Région wallonne à la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, le 17 mai. On peut lire dans ses développements : « S’il importe d’envisager la discrimination comme un phénomène général, il est nécessaire de la combattre aussi sous ses formes spécifiques et l’homophobie est une de ces formes. Faute de quoi, le discours et l’action demeurent dans l’abstraction et dans l’indifférenciation ». L’homophobie L’homophobie … le 17 mai … nous voici au plein cœur de notre sujet. Qu’est ce que l’homophobie ? Il est assez facile de lui donner une définition. Dans la petite brochure que nous avons rédigée pour accompagner la campagne de sensibilisation de cette année, nous écrivons : « L’homophobie est un sentiment de rejet et d’hostilité éprouvé par certaines personnes à l’égard des personnes homosexuelles ou supposées comme telles ». Je pense que tout le monde peut être d’accord avec cette définition. Mais, concrètement, comment se manifeste-t-elle ? Et bien, je vais peut-être vous étonner, on en sait fort peu de choses en fait ! … Du moins ici, en Région wallonne et en Communauté française. En Flandre, cela paraît plus clair. Il y a des centres universitaires qui travaillent là-dessus. En France, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et même au niveau de l’Union européenne, il y a des études régulières sur ses différentes manifestations. Il y en a plus encore en Amérique du Nord. Mais chez nous, il n’y a rien, ou fort peu de choses. Quelques travaux du Centre pour l’Égalité des Chances et la Lutte contre le Racisme, notamment dans le domaine de l’emploi ; quelques initiatives propres dans le secteur de l’éducation permanente, comme une étude récente des FPS auprès des jeunes ; quelques travaux de l’asbl Magenta, notamment sur le suicide des jeunes en Communauté française. Mais tout cela est fort maigre. Nous en sommes souvent réduits à nous baser sur des données étrangères, souvent mal connues chez nous et dont on peut toujours douter de la transposabilité sur notre région. Puis aussi, il y a une approche, forcément impressionniste, du tissu associatif dont Arc-en-Ciel Wallonie. Je pourrais vous faire part de nombreux témoignages que nous recueillons ou de situations que nous rencontrons. Celle-ci, par exemple : une ancienne députée provinciale de Liège a proposé il y a quelques années à ses collègues de mener une action pilote de sensibilisation du personnel provincial. Tous les députés étaient unanimement d’accords. Puis, en raison de budgets limités à consacrer à ce projet, elle a ensuite proposé de sélectionner quelques départements de l’administration provinciale. Et là, aucun député n’était plus d’accord, défendant tour à tour que dans LEUR service, il n’y avait pas d’homophobie. Autre exemple : nous avons contacté tous les services d’insémination artificielle des centres hospitaliers universitaires en Communauté française afin de savoir s’ils traitaient les demandes émanant de couples lesbiens. L’un d’entre eux au moins s’est montré radicalement réfractaire à cette idée. Autre exemple : tous les organismes agréés d’adoption par la Communauté française, à l’exception d’un seul – et là je n’hésite pas à le citer pour sa correction puisqu’il s’agit de l’ONE – refusent catégoriquement de prendre en compte les demandes provenant de couples de même sexe. Autre exemple : à une exception remarquable prêt, nos tentatives de travailler avec les syndicats se sont à ce jours heurtées à des fins de non recevoir. Nous savons aussi que certains bourgmestres continuent à ne pas vouloir marier des couples de même sexe et font procéder aux cérémonies par l’un ou l’autre de leurs échevins. Nous savons que des romanciers tout à fait honorables, comme Conrad Detrez pour n’en citer qu’un, sont à l’index dans certains établissements scolaires. Nous savons que dans telle ou telle administration communale, l’inscription d’une naissance à l’état civil par un couple lesbien est une démarche qui demande du courage. Nous savons que dans certains CPAS aucune attention particulière n’est accordée aux demandes d’aide sociale d’adolescents jetés à la rue par leurs parents découvrant l’homosexualité de leur enfant. Nous savons que vieillir gay - la perspective d’intégrer une maison de retraite - est une perspective angoissante, voire effrayante pour la plupart des LGBT. Nous savons que l’IWEPS est chargé par le décret wallon relatif à la lutte contre certaines formes de discrimination de mesurer celles-ci notamment dans le domaine de l’emploi mais qu’à ce jour aucun travail n’est prévu pour aborder la discrimination basée sur l’orientation sexuelle. Je pourrais continuer toute l’après-midi, mais je crois que vous avez compris. Mais ceci ne constitue en aucune sorte une photographie précise. Un état des lieux de l’homophobie en Wallonie. En fait, nous ne savons pas, nous ne mesurons pas exactement ce que nous combattons ! D’où notre interrogation : a-t-on vraiment envie de le savoir ? C’est pourquoi le soutien de l’autorité publique est primordial. Le plan global égalité en cours d’élaboration par le gouvernement est certainement un pas important dans l’élaboration d’une politique globale d’égalité et de lutte contre les discriminations, ouvrant je l’espère au nom d’Arc-en-Ciel Wallonie, à la mise en œuvre d’opérations de sensibilisation intégrant la discrimination basée sur l’orientation sexuelle ainsi qu’une meilleure appréhension globale du phénomène. Notre Fédération a fait part de son entière disponibilité à madame la Ministre qui y a déjà répondu de manière très ouverte et j’en profite pour l’en remercier. Je vous demande de garder tout cela à l’esprit lorsque vous aurez à débattre de ce plan.
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